Humanisme Et Renaissance 2nde Dissertation Meaning

Humanisme et renaissance

Introduction

Après les crises de la fin du Moyen Âge (Guerre de Cent Ans, épidémies, famines), les XV-ème et XVI-ème siècles voient un nouvel épanouissement de l'Europe. Une nouvelle façon de penser anime la vie intellectuelle et religieuse de l'Occident, une nouvelle vision du monde apparaît. Ceci se manifeste par une curiosité intellectuelle due à la redécouverte de l'Antiquité. L'homme redevient le centre des préoccupations comme chez les Anciens. L'humanisme prépare ainsi la Réforme protestante qui divisera la chrétienté et la Renaissance qui transposera dans l'art la pensée des humanistes.

1 Le Xvème siècle : la sortie du Moyen-Age

1.1 les mutations et les nouveaux équilibres européens

À l'Est de l'Europe, les Turcs Ottomans pénètrent en Europe après avoir détruit l'Empire byzantin et s'être emparés de Constantinople le 29 mai 1453. Ils menacent désormais la chrétienté romaine. En Russie, Ivan III le Grand fonde un Etat fort, prend le titre de tsar et revendique l'héritage de Byzance en faisant de Moscou la troisième Rome.

Au centre de l'Europe, le Saint Empire Romain Germanique est une constellation de 350 Etats et l'empereur n'a aucun pouvoir réel. La Pologne se réveille et menace l'Empire. L'Italie est divisée en une dizaine d'Etats.

À l'Ouest, les monarchies s'affirment. Après la Guerre de Cent Ans, le roi Louis XI met en place une administration, des impôts permanents et une armée régulière. Après avoir vaincu Charles le Téméraire, il s'empare d'une partie de ses possessions bourguignonnes. En Angleterre, Henri VII restaure l'autorité royale après la Guerre civile des Deux-Roses et impose sa domination sur l'Irlande. En Espagne, Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon créent le royaume d'Espagne et achèvent la Reconquista

Une nouvelle période de croissance économique commence. Les productions agricoles dégagent à nouveau des excédents. L'élevage et l'agriculture diversifient leurs productions (lin et mouton en sont des exemples). L'artisanat textile se développe tandis que les mines et la métallurgie fournissent de nouveaux outils et armes grâce aux hauts fourneaux. Le commerce connaît un grand essor. De puissantes familles fondent des compagnies financières et s'enrichissent. Les cités italiennes dominent la Méditerranée tandis que les villes hanséatiques dominent la Mer du Nord. Le Rhin devient un axe de communication vital. Une bourgeoisie nouvelle apparaît dont l'enrichissement permet d'accéder au confort et au pouvoir.

1.2 Les origines de l'humanisme

L'Italie, riche et imprégnée des cultures grecque et latine, est le lieu privilégié du renouveau intellectuel humaniste. Les érudits (savants) recherchent des manuscrits et redécouvrent des textes oubliés (ceux de Platon par exemple). La fuite des Grecs de Constantinople en 1453 favorise l'essor de l'hellénisme. Valla pose les fondements de la philologie (science qui étudie les textes de façon critique) et garantit la qualité des traductions. Les mécènes (personnes riches qui aident financièrement les artistes) comme Laurent de Médicis à Florence protègent les savants humanistes. Vers 1450, le Pape fonde la Bibliothèque vaticane qui réunit ouvrages manuscrits et imprimés.

L'épanouissement artistique de l'Europe du Nord est remarquable. Dans leurs œuvres, les artistes traduisent la peur de la mort caractéristique de la fin du Moyen Âge marquée par nombre de catastrophes (guerres, épidémies, famines, refroidissement du climat…) ; cependant, ils le font de manière de moins en moins pathétique. Les princes et les bourgeois, mécènes, font reconstruire les églises et embellissent les vitaux. L'art gothique devient flamboyant illustrant l'espoir nouveau. Les tapisseries apparaissent dans les monuments. Les peintres flamands mettent au point la peinture à l'huile et leurs œuvres se répandent dans toute l'Europe (Jan Van Eyck, Bruegel le Vieux, Bosch…). L'Allemand Durer est un maître de la gravure.

Les humanistes ont une réflexion centrée sur l'homme à qui ils font confiance. Ils exaltent sa grandeur et sa liberté : l'homme est capable d'agir par lui-même. Il est placé au centre de la Création. Les humanistes veulent concilier la liberté humaine avec les principes du christianisme de même qu'ils veulent concilier les principes philosophiques antiques (Platon) avec ceux de l'Eglise, ce qui ne va pas sans quelques difficultés.

En France, le mouvement humaniste connaît son apogée sous François I-er. Le roi consulte les théologiens et les hellénistes. Il fonde, sur conseil de l'humaniste Guillaume Budé, le futur Collège de France pour l'enseignement. François I-er est ainsi surnommé le " Père des Lettres ".

Au XVI-ème siècle, l'humanisme français s'inspire de poètes comme Ronsard, féru de poésie grecque et latine. Cependant l'humanisme sait être français puisque après l'ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) qui impose le français dans les actes officiels, Joachim du Bellay écrit une Défense de la langue française. Avec d'autres écrivains, il fonde le groupe de la Pléiade dont l'ambition est de réhabiliter la langue française. Plus tard, Montaigne (1533-1592) rédige des Essais et prône la tolérance. Tout comme Rabelais, il s'intéresse à la pédagogie.

1.3 Quelques humanistes

  • Erasme : né aux Pays-Bas en 1469, il reçoit une formation scolaire fondée sur l'explication de textes sacrés et classiques. Ordonné prêtre, il voyage en France, en Angleterre où il fréquente les milieux humanistes. Il part pour l'Italie où il approfondit sa connaissance du grec. Ses voyages symbolisent le caractère européen de l'humanisme et contribuent à développer le réseau de relations de la république des Lettres. Sa renommée est considérable. Surnommé " Docteur universel ", il est respecté des papes et des souverains et il est le maître à penser et le modèle des humanistes jusqu'à sa mort en 1536.
  • Rabelais : écrivain français (1494-1553). Moine, médecin, il est l'une des figures de l'humanisme français. Il est l'auteur d'épopées truculentes où se mêlent culture savante et traditions populaires : Pantagruel, Gargantua

1.4 L'imprimerie diffuse l'humanisme

En 1450, une découverte capitale est faite par Gutenberg : celle de l'imprimerie par l'emploi de caractères typographiques en métal, mobiles et réutilisables. Désormais un livre peut être imprimé à des centaines d'exemplaires. L'imprimerie provoque une révolution culturelle ; son développement est foudroyant à travers l'Europe. Les écrivains voient leur influence grandir et l'humanisme se répand en Espagne et en Angleterre. Le public s'élargit grâce au moindre coût des livres. Les universités prennent une importance grandissante ; on y dispense le savoir qui n'est plus réservé aux gens d'Eglise. Le livre imprimé, accessible à tous, devient un facteur de diversité car des auteurs peuvent désormais avoir une influence dès leur vivant, ce qui inquiète les autorités.

1.5 Les débuts de la Renaissance en Italie

La Renaissance naît en Italie du Nord, sans doute à Florence, ville riche où les Médicis financent des travaux commandés aux artistes : palais, chapelles, fresques, sculptures… Dans chaque ville, les princes embellissent leurs demeures. Des travaux d'utilité publique (techniques hydrauliques) sont réalisés.

L'architecture s'inspire de l'Antiquité. Les symétries, les rapports proportionnels, la précision mathématique sont de mise. Brunelleschi et Alberti sont les fondateurs de ce courant. Ils introduisent la cour intérieure dans les palais en imitant l'atrium romain. La sculpture devient très réaliste. La peinture utilise de nouvelles techniques de perspective, de modelé et de lumière (Masaccio, Piero della Francesca, Botticelli).

2 Le XVIème siècle et les réformes

2.1 Les origines de la Réforme dans l'humanisme

À la fin du Moyen Âge, la crainte de la mort témoigne d'une inquiétude religieuse. Les Chrétiens redoutent l'enfer et, pour l'éviter, accumulent des dévotions (prières) et achètent des indulgences (grâce accordée par l'Eglise aux pêcheurs afin d'abréger les souffrances dans l'au-delà). Les humanistes dénoncent ces superstitions d'un peuple ignorant. Ils préconisent le retour au vrai message du Christ par une foi solide et sincère. Ils veulent simplifier le culte et le rendre accessible à tous en expliquant, en français, les textes des Evangiles.

Cependant, les humanistes n'ont pas voulu quitter l'Eglise et n'ont pu toucher la masse des Chrétiens analphabètes. Ils ont pourtant contribué par leurs critiques au déclenchement de la réforme protestante.

2.2 La Réforme protestante

Dans la première moitié du XVI-ème siècle, les critiques à l'égard de l'Eglise romaine se précisent. Une rupture intervient lorsque Martin Luther, qui avait critiqué la vente des indulgences en 1517 en vient à contester le dogme et la hiérarchie de l'Eglise. En 1520, il est excommunié. Malgré cette condamnation, ses idées se répandent grâce à l'imprimerie. Des princes allemands le soutiennent. Le schisme devient irréversible. Le premier protestantisme est né. Pour Luther, l'Homme est obligatoirement pêcheur et ne peut se sauver mais Dieu peut accorder sa grâce en lui donnant la foi. : c'est la justification par la foi. Le luthéranisme s'impose surtout en Allemagne du Nord et en Scandinavie.

Le Français Jean Calvin publie en 1536, l'Institution de la Religion chrétienne. Pour lui, l'Homme est prédestiné par Dieu au paradis ou à l'enfer. Le calvinisme s'impose surtout dans les régions où la bourgeoisie est influente : Suisse, Vallée du Rhin, Pays-Bas, Ecosse.

En Angleterre, par les Actes de Suprématie de 1534 et de 1559, les souverains Henri VIII puis Elizabeth I-ère se font reconnaître chef suprême de l'Eglise d'Angleterre et créent l'anglicanisme, religion proche du protestantisme par la doctrine et proche du catholicisme par la pompe des cérémonies.

Les Protestants, qui sont des Chrétiens, ne reconnaissent pas l'autorité du Pape. Leurs églises sont indépendantes et sont administrées par des assemblées appelées synodes. Le protestantisme considère que l'homme est incapable de mériter lui-même le Paradis contrairement au catholicisme qui insiste sur le libre-arbitre. Ils refusent le culte de la Vierge et des Saints. Les offices se font en langue nationale.

Les acteurs de la Réforme :

  • Martin Luther : 1483-1546 réformateur religieux allemand, fondateur du protestantisme et l'un des premiers grands écrivains de langue allemande. En 1517, il afficha sur les portes du château de Wittenberg ses 95 thèses où il dénonçait en particulier la vente des indulgences. Il traduisit la Bible en allemand et fonda l'Eglise luthérienne.
  • Jean Calvin : 1509-1564 réformateur français installé à Genève où il exerça une véritable dictature intolérante. Sa doctrine professe le retour à l'autorité de la Bible, la simplicité du culte et la croyance en la prédestination.
  • Henri VIII d'Angleterre : 1491-1547. Souhaitant faire annuler son mariage avec Catherine d'Aragon, il provoqua le schisme avec la papauté et devint chef suprême de l'Eglise d'Angleterre. Il se maria six fois et s'empara des biens de l'Eglise.

2.3 La Contre-Réforme ou réforme catholique

L'Eglise romaine, un moment dépassée par le protestantisme, organise une reconquête politique et militaire des régions devenues protestantes. Elle réagit aussi et surtout en se réformant elle-même. Le concile de Trente (1545-1563) condamne les thèses protestantes, redéfinit nettement la doctrine de l'Eglise et lance la Contre-Réforme. Il réaffirme la nécessité des bonnes œuvres, la pratique de la charité, les cultes et les sacrements. Un catéchisme est publié pour l'instruction des fidèles.

La Contre-Réforme s'appuie sur la Compagnie de Jésus (les jésuites) fondée en 1534 par Ignace de Loyola. L'Eglise de Rome, en n'ayant rien cédé sur les dogmes, reconquiert ainsi une partie des régions perdues notamment en France et en Allemagne du Sud.

Les humanistes ont ainsi échoué à imposer leur pacifisme puisque l'Europe est déchirée par des guerres de religion. Ces guerres vont notamment affaiblir la France pendant de nombreuses années. La découverte du Nouveau Monde ne s'est pas accompagnée de l'application des théories humanistes (traitement des Indiens et des esclaves). L'humanisme a tout de même inspiré la rénovation de l'Eglise et, face à l'austérité des protestants, le catholicisme fait une large place à l'Homme qui garde en lui la trace de la perfection divine.

3 Le XVIème siècle et la Renaissance

3.1 La seconde Renaissance italienne

Dans la première moitié du XVII-ème siècle, l'art de la Renaissance s'impose. Il s'inspire de l'Antiquité qui offre un répertoire nouveau de thèmes mythologiques et allégoriques. Rome remplace Florence car les bouleversements politiques ont entraîné le déclin de cette cité. Les papes embellissent leur ville en faisant construire et décorer des palais et des églises par de nombreux artistes. Après le sac de Rome par les troupes de Charles Quint, Venise s'impose. Les artistes recherchent le Beau.

Citons quelques noms :

  • À Florence, pour l'architecture, Brunelleschi (Sainte Marie aux Fleurs). En peinture, Botticelli (Le Printemps, La Naissance de Vénus), Léonard de Vinci (La Joconde, La Vierge, l'enfant Jésus et sainte Anne). Pour la sculpture, Ghiberti (Portes du Paradis), Cellini (Persée).
  • À Rome, pour l'architecture, Bramante (Tempietto de San Pietro). En peinture, Raphaël (L'Ecole d'Athènes, La Belle Jardinière), Michel-Ange s'illustre aussi bien comme architecte (Dôme de Saint Pierre), sculpteur (David) ou peintre (Jugement Dernier).
  • À Venise, surtout des peintres : Titien (Vénus du Pardo), Tintoret (Suzanne au bain), Véronèse (Les Noces de Cana).

Les prémices de l'art baroque apparaissent après le Concile de Trente. Le baroque cherche à frapper l'esprit par l'abondance et la complexité du décor, les courbes et l'aspect théâtral. À la fin du siècle, le Caravage introduit dans la peinture le réalisme brutal. Il recourt aux contrastes violents accentués par des jeux d'ombre et de lumière. Malgré ce dernier, l'art baroque triomphe au siècle suivant avec la Contre-Réforme.

3.2 La propagation de la Renaissance en Europe

À partir de 1494, les rois de France rapportent la Renaissance de leurs Guerres d'Italie. François I-er attire Léonard de Vinci. L'art concourt à magnifier le souverain. Ainsi les châteaux de la Loire, d'aspect médiéval subissent fortement l'influence italienne par la régularité des lignes (horizontales surtout), la symétrie et l'importance des ouvertures et de la décoration. Entourés de jardins, ils deviennent des demeures d'agrément richement décorées pour un roi et sa cour en déplacement continuel. Après 1540, le style français se libère du modèle italien. L'agrandissement du Louvre en est un exemple avec la façade en pilastres et frontons de Lescot.

En Europe du Nord, l'influence italienne s'estompe. Le gothique flamboyant est utilisé dans la construction des cathédrales et des palais. Bruegel l'Ancien perpétue la tradition flamande par l'utilisation de symboles et d'allégories dans ses paysages réalistes.

L'Espagne catholique de Philippe II est aussi touchée comme en témoigne le palais de l'Escurial (1584). Le Greco, formé à Venise, domine la peinture espagnole avec son mysticisme originaire de Tolède.

3.3 Les savoirs, la science

La naissance de l'esprit scientifique permet l'apparition des expérimentations. Des découvertes font progresser les mathématiques, l'anatomie humaine, l'astronomie et la cartographie. Vésale pratique des dissections du corps humain (jusqu'alors interdites par l'Eglise). Ambroise Paré invente la ligature des artères. Copernic introduit l'héliocentrisme et Mercator révolutionne la géographie. Cependant le conservatisme religieux, les superstitions et le charlatanisme freinent le développement de la connaissance (exemple : des alchimistes cherchent l'élixir de longue vie ou la pierre philosophale).

Enfin, les navigateurs et conquistadors élargissent le monde connu et découvrent d'autres civilisations (Aztèques, Incas) durant les Grandes Découvertes.

Les Grandes Découvertes :
  • 1488 : Bartolomé Diaz, Portugais, contourne les caps de Bonne Espérance et des Aiguilles.
  • 1492 : Christophe Colomb, Génois au service de l'Espagne, atteint le continent américain à San Salvador aux Bahamas le 12 octobre. Il croit être aux Indes. Il fera quatre voyages vers le Nouveau Monde.
  • 1497 : John Cabot, Anglais, aborde l'Amérique du Nord.
  • 1498 : Vasco de Gama, Portugais, atteint Calicut aux Indes par voie maritime.
  • 1500 : Pedro Alvarez Cabral, Portugais, découvre le Brésil.
  • 1519-1522 : Fernand Magellan, Espagnol, découvre le détroit qui porte son nom, entre dans le Pacifique mais meurt aux Philippines. Son successeur, Juan Sebastian Del Cano accomplit le premier tour du monde prouvant que la Terre est ronde.
  • 1534-1536 : Jacques Cartier, Français, aborde le Canada et remonte le Saint Laurent.
  • 1577-1580 : Francis Drake, Anglais, accomplit le second tour du monde et découvre la Californie.
Les grands rois de la Renaissance :
  • Charles Quint : 1500-1558, roi d'Espagne, prince des Pays-Bas, roi de Sicile et empereur germanique (1519-1556). Il reçut d'immenses héritages. Il désira s'imposer à l'Europe en monarque universel. Il voulut rétablir l'unité religieuse mais se heurta à l'Allemagne protestante. Il dut lutter contre les Turcs qui menaçaient l'Autriche. Il fit la guerre à la France et aux princes allemands. Mais l'impossibilité de rétablir l'unité religieuse consacra la division de l'Allemagne. Charles Quint abdiqua ses couronnes et se retira au couvent de Saint-Just.
  • François I-er : 1494-1547, roi de France de 1515 à sa mort. Reprenant la politique italienne de ses prédécesseurs, il occupa Milan après la victoire de Marignan en 1515. Il signa la Paix perpétuelle avec les Suisses et le Concordat de Bologne avec le Pape. Après 1521, il affronta son rival, Charles Quint. D'abord mal engagée (défaite de Pavie en 1525), la lutte tourna à son avantage grâce aux alliances des princes protestants d'Allemagne et du sultan ottoman Soliman le Magnifique. Son règne fit progresser l'absolutisme royal et assura le développement de l'économie. Par l'Ordonnance de Villers-Cotterêts, il imposa la langue française au royaume. Il fut un grand mécène pour les arts et les lettres et fit construire de nombreux châteaux (Chambord, Fontainebleau, Louvre).
Définition de la Renaissance
Période de renouveau artistique, littéraire et scientifique, la Renaissance débute au XIVe siècle en Italie du Nord. Véritable révolution de la pensée et de tous les champs artistiques, ce mouvement diffuse rapidement ses modèles dans toute l’Europe, où il domine jusqu’à la fin du XVIe siècle. Il transforme radicalement l’art occidental, mais plus profondément, au-delà des modes de représentation, il s’infiltre jusque dans le rapport de l’homme à la nature, au monde, à Dieu, à l’autre.
Le mot Renaissance est employé pour la première fois au XVIe siècle par Giorgio Vasari, père fondateur de l’histoire de l’art des Temps modernes, dans le célèbre recueil Vies des plus célèbres peintres, sculpteurs et architectes, pour évoquer le courant artistique apparu en Italie deux siècles plus tôt.

La Renaissance s’épanouit sur près de trois siècles, en trois périodes successives : le Trecento (XIVe siècle), le Quattrocento (XVe siècle) et le Cinquecento (XVIe siècle). Dans son ouvrage, Vasari parle de trois âges : celui des précurseurs, Cimabue et Giotto, celui des initiateurs, Masaccio, Brunelleschi et Donatello, et enfin celui des maîtres accomplis, Bramante, Vinci, Raphaël et Michel-Ange, qui selon Vasari égalent et même dépassent ceux de l’Antiquité. Il faudra attendre le XIXe siècle pour que les historiens Michelet et Burckhardt étendent le concept de Renaissance à l’ensemble d’une civilisation.

La Renaissance artistique succède à l’esthétique médiévale, dont il remet en cause les codes et les canons. Cette nouvelle forme de culture se caractérise en premier lieu par le regard porté sur l’Antiquité. Sa singularité tient à la restauration d’une grandeur passée, à la recherche de la leçon antique. Dès le Trecento, les hommes de lettres italiens Pétrarque et Boccace expriment une aspiration à la renovatio : cette reconquête trouve à Florence ses premières formes artistiques (voir la partie « Au cœur de la Renaissance : Florence »).

L’humanisme et la Renaissance
Le renouvellement de la réflexion philosophique du XVIe siècle se caractérise par l’affirmation d’une libération de l’homme vis-à-vis de Dieu.
La création artistique ne se limite plus au seul service de la religion et au strict respect de ses canons de représentation. Elle s’ouvre lentement à la représentation humaniste qui donne une nouvelle place à l’individu. Les artistes ressentent, puis affirment, que l’homme appartient à la nature, et se dresse au centre de l’univers.
Les personnages représentés ont une nouvelle présence, un poids du corps et de l’âme. Dans la peinture, les figures ne s’étagent plus sur le fond des panneaux de bois des retables, elles habitent l’espace qui gagne en profondeur, en perspective, tandis que les fonds dorés hérités des icônes byzantines ou les tapis de fleurs médiévaux cèdent doucement la place aux nouvelles lignes de fuites des jardins et des architectures novatrices. Les signes de la sainteté (mandorles, auréoles), encore ostentatoires dans la peinture du Trecento, s’effacent pour incarner le divin dans une nouvelle humanité.

Au XIVe siècle, la pensée humaniste et les nouveaux modèles de représentation se diffusent encore plus largement et plus rapidement, avec tous les autres savoirs, grâce à l’invention de l’imprimerie par Gutenberg, à partir de 1468. Ils profitent aussi du développement des échanges commerciaux et internationaux qui font suite à la découverte des terres inconnues d’Amérique, le Nouveau Monde, en 1492.

Le retour vers l’Antiquité
La leçon de l’Antiquité est partout. À son exemple, le nu devient pour les artistes de la Renaissance l’une des formes artistiques les plus accomplies. Au sein de ce grand mouvement antiquisant, chacun travaille toutefois à l’épanouissement de sa propre expression. Cette conscience artistique, cette recherche est elle aussi très nouvelle. Peintres et sculpteurs retranscrivent singulièrement l’influence des classiques et tentent d’affirmer désormais leurs visions et leurs aspirations à travers leurs œuvres.

La connaissance de l’art antique est à peine amorcée que le sculpteur toscan Donatello a l’idée, en 1430, de représenter le futur roi David en tout jeune berger terrassant Goliath, comme le raconte la Bible. Juvénile, le torse encore frêle, ce premier David de la Renaissance arbore des proportions qui s’affranchissent du canon grec. Plus tard, les nus de Michelangelo Buonarroti, dit Michel-Ange, sculpteur, peintre et architecte toscan, s’inscrivent plus fermement dans l’héritage grec, mais avec une maniera singulière, unique, éloignée des stéréotypes (David de 1501), et où s’exprime une humanité, une émotion et une tension nouvelle.

Le goût pour l’Antiquité reste omniprésent. Artistes et amateurs prennent des leçons de beauté devant les monuments romains redécouverts, les statues gréco-romaines collectionnées par les nouveaux mécènes, mais aussi à la source des textes latins et grecs. Des fouilles de sites antiques sont ouvertes partout, et en particulier à Rome. Les découvertes archéologiques du Laocoon (1506) et de L’Apollon du Belvédère marquent l’imaginaire contemporain. Étudiés, copiés, diffusés, ces grands groupes sculptés et ces modèles classiques inspirent toute une génération d’artistes et leurs ateliers. Mais, au-delà des similarités formelles qu’il inspire à la Renaissance, l’art classique réconcilie aussi le christianisme et la culture païenne. Michel-Ange place côte à côte les prophètes de la Bible et les sibylles antiques. En 1510, Raphaël, peintre et architecte, représente les grands penseurs de l’Antiquité sous les voûtes de la basilique Saint-Pierre, à Rome.

De la théorie…
L’innovation la plus précoce et la plus remarquable de la Renaissance sur le plan architectural est la coupole du Duomo, cathédrale Santa Maria del Fiore à Florence. Cette prouesse est réalisée par Brunelleschi, « l’homme envoyé par le ciel pour rénover l’architecture égarée depuis des siècles ».
C’est à cet architecte florentin que revient le mérite d’avoir exposé le premier les principes de la perspective. Celle-ci définit les structures de la représentation, la construction de l’image et les lois géométriques qui régissent la représentation des objets à formes régulières. L’expérience de Brunelleschi propose d’identifier le point de fuite comme projection du point de vue sur le tableau.
L’architecte Alberti est le premier à avoir ensuite théorisé ce dispositif. Le champ de l’image, le rapport d’échelle des personnages aux lieux et l’esthétique de la sobriété sont transformés.

Les nouvelles formes architecturales se diffusent à travers l’Europe à partir de l’Italie du Quattrocento. Le traité de Vitruve, architecte romain du Ier siècle, imprimé en latin en 1486, est le seul traité d’architecture à avoir survécu jusqu’au XVe siècle. Il réunit un ensemble d’expériences et de connaissances accumulées avant Vitruve par les bâtisseurs grecs.
Dès 1450, l’une des figures les plus importantes de la Renaissance, Leon Battista Alberti, livre un traité d’architecture, De re aedificatoria, qui influence radicalement ses contemporains et connaît une immense fortune critique. Cet architecte génois, théoricien de la perspective mathématique et des arts, écrivain et philosophe, s’intéresse à tous les arts plastiques. Il consacre à la peinture un autre ouvrage célèbre, De pictura, dans lequel il définit les nouveaux principes de cet art. Ces deux manifestes joueront un rôle de premier plan.

Au Quattrocento, les architectes, influencés par ces traités, imitent les formes antiques et s’en inspirent. C’est avec l’œuvre romaine de Bramante (San Pietro in Montorio, Saint-Pierre de Rome), peintre et architecte de la cour d’Urbino, que le sens des ordres architecturaux se développe, pour créer un véritable langage ornemental avec lequel joue ensuite Michel-Ange.

Au cœur de la Renaissance : Florence
Capitale de la Toscane, Florence est le premier foyer de la Renaissance. Grâce au mécénat de grandes familles de marchands et de banquiers, des Médicis principalement, les arts connaissent un développement considérable dès le XIVe siècle et durant tout le XVe siècle. Pour le prince érudit de la Renaissance Laurent le Magnifique, l’art incarne un nouvel ordre et rentre au service de la politique, au-delà de la délectation qu’il procure.

Avec Cimabue, la peinture commence à s’affranchir timidement de l’esthétique byzantine, en deux dimensions, et de la raideur de la commande religieuse. Mais ce sont avec les œuvres saisissantes de Giotto di Bendone (1266-1337), notamment les fresques de la chapelle des Scrovegni à Padoue, que l’espace se creuse, presque illusionniste et tridimensionnel, que les formes deviennent tangibles, que le profane rencontre le sacré.

Dans la première moitié du Quattrocento, la peinture toscane est d’une grande diversité. Chaque artiste participe à cet élan dont les innovations portent la marque encore savante du gothique international ou d’une certaine permanence consacrée : Gentile da Fabriano, Fra Angelico... Le peintre le plus novateur des années 1420 est certainement Masaccio (chapelle Brancacci, Santa Maria del Carmne, Forence) : il met ses personnages en perspective et en volume, comme ses architectures, leur confère une monumentalité jusqu’alors oubliée. Une grande sobriété caractérise son œuvre, ainsi qu’une nouvelle humanité, une présence réelle et intense.
L'influence de cet artiste et de cette nouvelle voie picturale est considérable sur les peintres de sa génération (Fra Angelico, Paolo Uccello), sur la suivante (Filippo Lippi, Domenico Veneziano, Piero della Francesca) et au-delà, notamment sur Sandro Botticelli, puis sur les grands maîtres de la Renaissance.

La présence simultanée à Florence, à la fin du XVe siècle et au tout début du XVIe siècle, de Léonard de Vinci, de Raphaël et de Michel Ange, oriente de façon décisive le développement de la peinture. Outre La Vierge aux Rochers de 1483 (musée du Louvre), Léonard de Vinci réalise une grande fresque murale, La Cène, pour le réfectoire du couvent Santa Maria delle Grazie de Milan. À la fin du XVe siècle, il étudie les conditions dans lesquelles la perception d’une image coïncide avec celle de l’objet qu’elle représente, et critique les fondements optiques de la perspective. Il propose en retour une nouvelle technique qu’il baptise le sfumato (enfumé) et qui consiste à prendre en compte, dans l’image, les conditions de perception de l’objet. Parfois qualifiée de perspective atmosphérique, cette technique est fondée sur la superposition de couches très fines de peinture translucide qui donnent au sujet un contour vaporeux, correspondant à la vision d’estompement qui se créée avec la distance.

Ensuite, c’est aussi à Florence que le maniérisme s’affirme, au début du XVIe siècle. Mouvement artistique complexe, raffiné à l’extrême, il désigne le beau style ou en italien la bella maniera. Il est perçu comme un idéal de beauté qui tend vers l’exacerbation du style des grands maîtres de la Renaissance.
Le maniérisme implique une pratique intensive du dessin et un goût pour la déformation. L’œuvre d’art compose alors un espace désuni, privilégie une certaine acidité de la couleur et des codes iconographiques complexes. Le maniérisme représenté par Vasari, Bronzino Andrea Del Sarto, Jules Romain, Parmesan ou Le Corrège, affectionne particulièrement la ligne serpentine et rompt délibérément avec l’exactitude des proportions.

Rome
Siège de la papauté, Rome devient au début du XIVe siècle, avec les pontificats imposants des papes Jules II et Léon X, le principal centre politique et artistique de l’Europe.

Grands mécènes, collectionneurs d’antiques, érudits, ces papes souverains font appel aux artistes les plus novateurs, et notamment à Michel-Ange (pour la chapelle Sixtine) et à Raphaël (les stanze ou chambres, au Vatican).
Si les artistes toscans servent de modèles, dès le XIVe siècle, chaque centre artistique développe sa propre spécificité. De fortes différences régionales persistent aux XVe et XVIe siècles : la peinture florentine privilégie le dessin, la peinture vénitienne donne la primauté à la couleur et Rome prend au début du XVIe siècle, avec le mécénat pontifical et princier, une importance croissante.

Venise
Point de rencontre entre l’Orient et l’Occident, Venise occupe au XVIe siècle un rôle politique et culturel de premier plan.

Giovanni Bellini est le premier grand maître vénitien de la Renaissance, au XVe siècle. Il rompt avec le gothique international, abandonne les codes de représentation et adopte la rigueur de construction qui caractérise la Renaissance. À ses successeurs, Bellini enseigne l'épanouissement de la forme, les ressources de la couleur, l’expression de la nature et des sentiments. À sa suite, Tizino Vecellio, dit « le Titien » représente l’apogée du Cinquecento vénitien. Il est célèbre dans toute l’Europe pour sa science du portrait et sa virtuosité. Charles Quint le nomme premier peintre de la cour des Habsbourg.

Les ciels marins changeants et la luminosité délicate de Venise influencent les œuvres qui y sont réalisées. Les plus importantes sont celles du Titien et de Giorgione. Le XVIe siècle fait figure d’âge d’or pour la peinture vénitienne. Sa couleur du début de la Renaissance et sa lumière chaude (Giovanni Bellini, Giorgione, le jeune Titien) est enrichie par les œuvres maniéristes du Titien, de Tintoret, de Véronèse et de Bassano.

La Renaissance vénitienne est également marquée par l’œuvre de Paolo Caliari, dit Véronèse, qui s’établit à Venise en 1555.Il s’impose en rivalité avec le Tintoret comme le grand décorateur de Venise et réalise Les Noces de Cana (1562-1563, tableau conservé au musée du Louvre) pour le réfectoire de San Giorgio Maggiore. Cet artiste fait une synthèse de la tradition toscano-romaine et de la tradition vénitienne. Il recherche un coloris somptueux qui exalte la luminosité de l’image avec des ombres colorées et des tons superposés. Véronèse se situe à la charnière entre la grande Renaissance et le maniérisme international.

La Renaissance en Europe
Née en Italie, la Renaissance se diffuse dans le reste de l’Europe.

En France, le roi François Ier fait appel à des peintres et décorateurs italiens, Rosso et Francesco Primaticcio dit le Primatice, un florentin et un bolognais, pour la décoration du château de Fontainebleau. La présence de ces artistes à la cour fait de Fontainebleau un centre de diffusion de la Renaissance artistique italienne en Europe. Tandis que Primatice travaille à la chambre du roi et de la reine, Rosso décore la galerie du château. Une véritable Renaissance artistique se dessine alors en France.

Toute l’Europe du Nord laisse bientôt s’éteindre les derniers feux du gothique international pour épouser les idées et les formes de la Renaissance. Deux régions développent une expression singulière en s’inspirant des précurseurs italiens : la Flandre et l’Allemagne du Sud-Ouest.
L’artiste flamand Jan Van Eyck rompt de manière décisive avec le style gothique. Dans ses tableaux, il tente de capter la lumière, l’espace et les formes du réel. Vasari lui attribue l’invention de la peinture à l’huile, pourtant connue dès le XIVe siècle.
Ses tableaux abolissent la frontière entre l’œuvre peinte et son environnement. Van Eyck abandonne également le portrait de profil, hérité des médailles, pour adopter la vue de trois quarts qui accentue le volume du visage et du corps. Les peintres flamands les plus illustres, comme Christus et Hans Memling, suivent les traces de Van Eyck tout au long du XVe siècle et dans la première moitié du XVIe siècle.
La Renaissance s’accomplit différement dans l’œuvre d’Albrecht Dürer, célèbre peintre et graveur de Nuremberg. Son œuvre Adam et Ève (1504, musée national du Prado, Madrid) incarne la volonté italienne d’équilibre et une sensibilité profonde à la nature et à l’humanité.

Cet essor artistique est contemporain d’une réforme religieuse qui entraîne une profonde mutation dans l’art du nord de l’Europe : en 1517, Martin Luther affiche ses thèses et entraîne un affrontement entre princes réformés et princes catholiques. La chrétienté se scinde jusqu’au déchirement (sac de Rome en 1527). En réaction, la contre-réforme menée depuis Rome par les papes a une influence considérable sur la pensée religieuse, l’iconographie et tous les champs de la création artistique.

Fin de la Renaissance
De 1570 à 1610, en réaction au maniérisme et comme un signe de temps nouveaux, l’art change de camp : simplification des compositions et des formes, retour à des règles classiques, à une spiritualité normée issue du concile de Trente (1545-1563), à l’origine de la contre-réforme. Ces catholiques ont pour mission de purifier l’Église, de réaffirmer ses dogmes essentiels, et de contrôler l’art sacré, et donc toute son iconographie et ses canons. Le concile de Trente réagit contre les raffinements esthétiques et les sujets profanes du maniérisme. Les œuvres d’art doivent exercer une action sur les fidèles et stimuler l’émotion, atteindre la compassion par des accents pathétiques. Ces exigences entraînent d’abord une nostalgie toute classique, puis un art de persuasion, plus spectaculaire, avec le style baroque, qui atteind sa pleine maturité au XVIIe siècle.

Conclusion
Redécouverte de l’idéal humaniste, politique, philosophique et artistique de l’Antiquité, mouvement de rupture avec le gothique, la pensée médiévale et l’assujettissement à Dieu, la Renaissance installe de nombreux fondements de la pensée moderne et de l’histoire de l’art.

L'artiste de la Renaissance est un artiste complet, souvent peintre et orfèvre, sculpteur et architecte, théoricien et poète, comme l'étaient Léonard de Vinci ou Michel-Ange. L'artiste devient un savant, qui utilise les traités, connaît les règles de la perspective et s'attache à la connaissance du corps humain. Son statut social évolue au cours du XVe siècle, au fur et à mesure que la dimension intellectuelle de l'œuvre créée est reconnue.

Pour aller plus loin
Découvrez sur iPad deux artistes majeurs de la renaissance à travers les e-album de nos expositions :

  Cima da Conegliano, maître de la Renaissance vénitienne.

  Cranach et son temps

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